Au loin se discerne la douce musique du destin : muter ou disparaître?
ETRE MUTANT:
En l’espace de quelques siècles, le monde a été transformé de fond en comble par la science et la technique - les infrastructures réelles de la modernité. Notre environnement et nos expériences n’ont plus grand chose de commun avec ceux de nos ancêtres.
Pris dans le flux de cette métamorphose, l’homme se trouve face à une alternative : soit il se rétracte et se réfugie de manière conservatrice dans le passé ; soit il se projette et s’engage de manière volontaire dans le devenir. Nous appelons Stagnants ceux qui choisissent la première voie ; Mutants ceux qui optent pour la seconde.
L’opposition entre Stagnants et Mutants ne concerne pas seulement le rapport à la technoscience et au progrès. Elle engage aussi une certaine conception de l’homme et de sa liberté.
Les idéologies et morales de la Stagnation, héritières laïques de traditions religieuses issues du néolithique, imposent la conservation en l’état de l’espèce humaine. L’Homme devient une entité abstraite et une essence arbitraire, au nom de laquelle on érige un certain nombre de dogmes, de tabous et d’interdits. Dans la perspective de la Mutation, les hommes ont toujours déduit de leur conscience des possibilités d’action qui définissent leurs libertés concrètes. Si l’homme est bien un animal en évolution, comme l’indique la nouvelle anthropologie scientifique, sa liberté consiste à diriger sa propre évolution dans les directions qu’il juge désirables. En ce sens, la Mutation est un mouvement de libération d’un genre inédit et d’une portée radicale : elle vise la maîtrise et l’autonomie de l’existence psychobiologique des individus et non de leur seule existence socio-historique, qui se déduit d’ailleurs en partie de la précédente.